Eléments de réflexion sur la place de la République messine
Origine de la place de la République (survol historique) - De la ville romaine à la fin du Moyen Age
La principale voie d’accès de la ville romaine est l’actuelle avenue Robert Schuman. Cet axe qui se prolonge par les rues Serpenoise et Taison est l’antique cardo, l’axe selon lequel la ville antique a été aménagée. Cette entrée sud de la ville conserve cette importance jusqu’au XVIe siècle.
- Siège de 1552 et rattachement à la France Du XIIIe au XVIe siècles, la République messine connaît son âge d’or. En 1552, Metz, ville libre d’Empire mais francophone, est l’enjeu stratégique de la lutte entre l’empereur Charles Quint et le roi de France Henri II. Ce dernier entre dans Metz et laisse le duc de Guise subir un siège par les armées impériales. Les plus gros combats ont lieu à proximité de la porte Serpenoise, sur le front sud de l’enceinte de la ville, qui en est la partie la plus vulnérable.
- 1556-1563 : aménagement de la citadelle
La République messine n’est plus. Désormais rattachée à la France, Metz est dotée d’une garnison et d’une citadelle, « afin de pouvoir défendre la ville contre les ennemis du dehors et les mécontents du dedans ». Pour sa construction (1556-1563), les hommes du roi de France rasent 15 % de la surface urbanisée de la ville, soit 250 maisons. A cette occasion, la porte Serpenoise est détruite. La citadelle est constituée de quatre bastions : d’Enfer (actuel palais du Gouverneur), Champenoise (emplacement de la porte Serpenoise), Saint-Pierre (actuelle Esplanade) et Royal (actuelle place de la République). Des bâtiments religieux sont toutefois conservés : commanderie des Templiers (dont il ne reste aujourd’hui que la chapelle), abbayes Sainte-Marie (détruite au XIXe siècle) et Saint-Pierre-aux-Nonnains. Un immense magasin aux vivres (actuel hôtel****) est construit en 1575. Désormais, « l’ensemble citadelle », délimité par les actuels rue Winston Churchill, avenue Robert Schuman, boulevard Joffre et boulevard Poincaré, est un quartier militaire. Il le restera jusqu’à la Révolution.
- Révolution : suppression des bastions vers la ville et création de l’Esplanade et de la place de la République
Le démantèlement des bastions nord (vers la ville) est décrété en 1797. Les fossés sont comblés, permettant l’aménagement de l’Esplanade et d’une grande place publique en 1802, la place Royale (actuelle place de la République), délimitée au sud par la caserne du Génie (actuelle caserne Ney) en 1833.
- 1850 : l’arrivée du chemin de fer entraîne la création d’une gare extramuros et le percement de l’actuelle porte Serpenoise Depuis l’aménagement de la citadelle au milieu du XVIe siècle et la suppression de la porte Serpenoise, l’accès sud de Metz s’effectue par les portes Saint-Thiébault et Mazelle (situées toutes deux au sud des places éponymes). L’arrivée du chemin de fer en 1850 amène à penser l’aménagement d’une gare, qui ne peut être qu’extramuros. Après de multiples projets, une gare est construite au sud de l’enceinte. Pour y accéder, les fortifications sont percées : le passage créé prendra le nom de porte Serpenoise (à ne pas confondre avec la précédente). Dès lors, l’activité économique de la ville se déplace vers cet axe ressuscité, dont l’actuelle rue Serpenoise (alignée et élargie à cette occasion) demeure le symbole. Un arsenal d’artillerie (actuelle salle de concert) est construit à l’ouest de la caserne Ney en 1860-1864, à l’emplacement de l’ancienne église paroissiale Saint-Jean-de-la-Citadelle.
- La destruction des remparts au début du XXe siècle permet la création de boulevards (actuels boulevard Poincaré et avenues Joffre et Foch)
Devant les progrès de l’artillerie, des forts sont construits en 1867 à quatre kilomètres de la ville. L’enceinte médiévale, obsolète, est déclassée en 1891, puis démantelée par décret par Guillaume II. Sa destruction, opérée de 1901 à 1903, libère de nouveaux espaces, qui permettent la création d’une Nouvelle ville, sous la direction de l’architecte municipal Conrad Wahn. Seuls témoins de l’enceinte sud, la « nouvelle » porte Serpenoise (sorte d’arc de triomphe) et la tour Camoufle (construite en 1437). A l’emplacement du bastion d’Enfer est construit l’actuel palais du Gouverneur en 1905 et deux jardins sont aménagés : les actuels squares Galliéni et Giraud.
- Des années 1960 à aujourd’hui
Propriété de l’armée jusqu’aux années 1950, le bâti de « l’ensemble citadelle » revient progressivement à la ville ; les jardins (sauf celui du gouverneur) et les places étaient déjà accessibles aux civils. Depuis, la municipalité a progressivement repris la main sur cet ensemble : construction d’une école d’art, réhabilitation de la « basilique » Saint-Pierre-aux-Nonnains et de la chapelle des Templiers pour des expositions temporaires, arsenal réinventé en salle de concert, magasin aux vivres transformé hôtel 4 étoiles. En 2010, ce sera le tour de la direction du Génie. Seul ne manque plus que le cœur de cet ensemble, la caserne du Génie, pour que la ville de Metz recouvre son espace propre et réalise la jonction entre Ancienne et Nouvelle ville.
Réflexions à partir des travaux de Roger Klaine pour la ville de demain : "Qualité de la vie et centre ville" (1975)
L’écologie urbaine est née à Metz : création de l’Institut Européen d’Écologie en 1972. « Le développement des potentialités se trouve inhibé ou favorisé par les divers environnements socioculturels produits par l’homme et les sociétés humaines » (Roger Klaine) Nos villes sont à l’image des sociétés Années 1970 : crise de modernité et crise industrielle - destruction des habitats anciens « insalubres » - voies rapides pour la circulation des automobiles - spécialisation des quartiers : zup, zones industrielle, résidentielle, administrative La réponse de l’écologie urbaine, à partir de l’ouvrage de Roger Klaine Qualité de la vie et centre ville en 1975, mise en place par Jean-Marie Pelt, Premier adjoint, s’est traduit par : - arrêt des destructions et de constructions des tours en centre ville ; - limitation des voitures et premières zones piétonnes ; - aménagement de la ville en favorisant les 7 potentialités issues de la neurobiologie : équilibre, exploration, individualité, associativité, conscience, créativité, intentionnalité ; - création d’un technopôle « plus humanisé » pour les nouvelles technologies. Berceau de l’écologie urbaine, Metz avait pris une avance considérable dans ce domaine. Depuis une décennie, elle a pris du retard. La ville se doit de retrouver sa place de pionnière au cœur de la pensée écologue actuelle. 40 ans après, nouvelle crise de société : la mondialisation des capitaux - multinationales prépondérantes : uniformité des franchises dans les centres ville ; - les grands groupes industriels ne créent plus d’emplois et ne s’adaptent pas aux mutations rapides ; - siphonage des commerces du centre par les zac (après les zup) ; - installation des banques dans les centres historiques à la place des commerces traditionnels ; - développement pléthorique des structures administratives qui occupent les quartiers historiques. Cette nouvelle crise gravissime de la mondialisation doit apporter des réponses et un nouveau modèle de ville en s’appuyant sur les ressources de l’écologie urbaine : - penser l’homme avec les contraintes économiques, sociales, environnementales ; - penser la ville dans l’équilibre du développement des quartiers et de leur attractivité ainsi que le respect de leur spécificité ; - penser la ville dans le contexte européen ; - intégrer et mieux reconnaître le bénévolat et le rôle des associations dans le renforcement de la cohésion sociale et économique et dans la valorisation du patrimoine culturel et architectural. Réflexions et projets pour l’aménagement de la place de la République La place de la République a une telle dimension qu’on ne peut envisager son appropriation par les Messins et les touristes qu’en prenant en considération son environnement propre :
- les contraintes économiques font qu’il faut mettre fin aux excès de dépenses publiques : l’endettement que nous léguons à nos enfants nous sera reproché. Ce nouveau projet doit être évalué ;
- les contraintes environnementales nous obligent à utiliser de manière plus rationnelle le bâti existant avant de construire de nouvelles structures ; optimisation du taux d’occupation des salles de conférence ou de réunion ;
- les contraintes sociales : favoriser le développement des 7 potentialités dans ce quartier République : des commerces originaux pour redynamiser le centre ville, créer un continuum entre gare et hyper centre en évitant de passer devant des jardins clos et des bâtiments fermés : le cheminement doit être attractif et agréable ; espaces verts, commerces, culture… ;
- pour que les habitants ou visiteurs s’approprient cette immense place de la république tout le pourtour de la place doit être repensé avec des aménagements novateurs ;
- le développement touristique doit être un atout majeur pour la ville de Metz : Pompidou est un élément mais l’attractivité d’autre pôle ne doit pas être négligée.
- jardin à la française : Esplanade ;
- parc arboré avec nom des espèces : évêché, palais du gouverneur, bord de Moselle, jardin Boufflers ;
- arbres remarquables autour du palais de Justice ;
- coulée verte de l’avenue Schuman au plan d’eau (unique au monde ?).
Individualité : des espaces intimes dans les parcs Exploration : au cœur de la diversité architecturale : une lecture explicitée
Un ensemble architectural du pourtour de la place représentant les 4 pouvoirs :
- militaire : palais du Gouverneur ;
- religieux : évêché ;
- judiciaire : palais de Justice ;
- municipal : caserne Ney avec un projet de palais des congrès et un musée de la fortification (Metz est la seule ville au monde possédant 2000 ans d’évolution de la fortification : enceinte gauloise, romaine, médiévale, bastions XVIIe-XVIIIe et deux couronnes détachées, française et allemande).
- Reconquête de l’espace central par des manifestations :
- Foire, festival, Été du livre, puces (avec forfait parking à bas prix).
- Exposition temporaire.
- Défilé du 14 juillet, Mirabelle, Saint Nicolas, Art contemporain.
- Favoriser l’installation de cafés et restaurants sur le pourtour de la place (éviter les banques).
- Palais des congrès à la caserne Ney (projet Barthélémy).
- Diversité de l’offre commerciale :
- Grands magasins (Galeries Lafayette, Printemps), franchises (rue Serpenoise et rue des Clercs).
- Artisanat et boutiques luxe caserne Ney (projet Barthélémy).
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