Pour en finir avec la République
Dans le n°3 de La Semaine, un article titrait " La République vous appelle " (revoir les papiers 3, 5 et 13 sur lasemaine.fr). Ce papier expliquait tout à la fois l'importance structurelle que représente pour Metz cet aménagement, et la volonté du Maire d'investir 3 x plus que pour la restauration de la Place Stanislas à Nancy, soit 20 M. d'euros. Ce papier invitait aussi les lecteurs à faire part de leurs idées d'aménagements, en rappelant l'originalité des projets Prost en 1930 et Bigard en 1975. J'ai répondu à cet appel, en essayant de proposer du faisable, et mon projet fut publié dans le n° 5 sous le titre "République, les idées fusent".
Projet de la municialité pour la place de la République
Dans le n°13 du journal, une interview du Maire évoquait les 2 grandes lignes, selon lui, du projet. A savoir, couvrir l'entrée du parking souterrain pour libérer la circulation de l'avenue Ney et permettre une continuité piétonne avec l'Esplanade, et créer un ensemble de bassins, fontaines et écrans d'eau. 2 des 5 idées que j'avais proposées. On dira ce qu'on voudra, mais c'est très valorisant de voir se réaliser des rêves, tant pour le journal que pour l'auteur. D'autant qu'un troisième point interpelle la Municipalité actuelle: la rebaptiser "Place de la République Messine", pour rappeller à nos compatriotes que Metz est la seule ville de l'hexagone à avoir été une république, et durant cinq siècles, avant d'être rattachée à la monarchie française en 1552.
Entrée du roi Henri II à Metz en 1552
Cinq ans après et quelques semaines avant l'inauguration de la place, plusieurs réflexions peuvent lever le voile sur cet espace que nous allons tous emprunter, voire sur lequel nous allons tous nous retrouver. En ce qui concerne la trémie de l'avenue Ney, la fermeture de l'accès au parking complique l'accès de ce point névralgique de tous les types transports de la ville : bus, voiture, taxi, cycle et piéton. Cet accès existant aurait peut-être permis une plus grande fluidité au sortir de la rue des Clercs. Autre désagrément, la sortie de la trémie qui aurait pu se situer 20 mètres plus loin que la porte d'entrée de l'Arsenal, on y aurait gagné en silence, espace et sécurité. On peut regretter aussi que les plantations et les rideaux d'eau créent une rupture de rythme entre la place et l'esplanade. Par aileurs, il faut espérer que la couleur blanche du pavage ne soit pas un frein éblouissant, et incite les piétons à utiliser la périphérie plutôt que l'espace central.
Projet d'aménagement du fossé de la Citadelle
Profitons de l'occasion pour aborder un élément archéologique, qui est gigantesque mais dont personne n'a parlé: les fossés renaissance de la citadelle, avenue Robert Schuman pour le bastion sud, et Rue Winston Churchill pour le bastion est, vers la vieille ville. Quand on a découvert les fossés de Charles V au Louvre, ils ont été restaurés et intégrés au circuit de visite. Idem avec les fossés de Charles III à Nancy, ils présentent les plus précieux trésors du musée des Beaux-arts. A Metz les fossés subsistent sans discontinuité de la Porte Serpenoise à la sortie du Parking souterrain, Bd Poincaré. D'une profondeur de 11 m, sur une largeur de 18m, ils ne furent comblés qu'en 1816 et ne sont pas d'un grand intérêt archéologique. On peut considérer ces fossés comme un formidable réservoir d'espace, soit pour y faire passer la circulation aérienne, soit pour créer une galerie commerçante capable de renforcer l'attractivité de l'hyper-centre de la ville. En regardant une vue aérienne ou le plan relief exposé aux Musées, on constate que de l'avenue Schuman à Longeville les Metz, c'est une véritable pénétrante verte en continu, place de la République, Esplanade, Boufflers, Quai des régates, plan d'eau. C'est un cas unique pour une ville médiévale européenne. Dans cette ville qui est considérée aujourd'hui comme le berceau de l'écologie urbaine...
J'avais proposé à plusieurs reprises d'imaginer un quadrillage énergétique de fluides, à travers une cinquante de bornes, disséminées sur le coeur de la place. Ces cinquante sources d'eau, d'électricité et d'adsl feraient de cette espace une place intelligente, sans se prendre les pieds dans d'innombrables cables. On peut imaginer 50 châlets de Noël sans un fil. Je n'ai pas réussi à convaincre d'appliquer ce principe ni pour la place St Louis, ni pour la place de Chambre. Nous aurions pu avoir une place de la République vivante et interactive, ce qui n'existe pas ailleurs.
Portail de la caserne Ney
La particularité de cette place est l'incertitude qui règne sur des bâtiments imposants qui la composent : la caserne Ney, l'Ecole Supérieure d'Art de Metz Metropole, dont certains élus ont souhaité la démolition, la Banque de France, la Trésorerie, les immeubles du 2e Génie et pourquoi pas le palais du Gouverneur, initialement palais de l'Empereur lors de ses séjours, voire le palais de justice, ancien palais du Gouverneur des trois Evêchés, si le ministère de la Justice décidait de s'installer près de la prison par exemple.
Il faut relire les deux seuls modes d'emploi scientifiques pour que cette place soit une réussite. Le premier, ce sont les actes du colloque international sur l'aménagement des places dans les villes historiques, qui s'est tenu à Metz en 1983. Le second est la somme d'études sur les places de Metz, publiée par le ministère de la Culture dans la collection "Monumental" en 2009. Et profitons-en pour visiter l'exposition sur cette place aux musées de la Cour d'or.
(article paru dans La Semaine le 5 août 2010).