Quelle image pour Metz ?
Les propos outrageants de Christine Bravo, qualifiants les Messins d’agir contre-nature et d’habiter une gigantesque caserne, permettent de mesurer le déficit d’identité (qui certes n’est pas nouveau) que connaît la capitale lorraine. Cette chroniqueuse semble en être restée au Tour de Gaule d’Astérix (1965), où la spécialité de la ville est... sa garnison.
Metz conserve donc son image de ville militaire qui lui colle si bien à la peau depuis le XVIIe siècle. Pourtant, Jean-Marie Rausch avait tout mis en œuvre pour la gommer. Par voie de conséquence, l’armée, sans états d’âme, est en train de prendre ses cliques et ses claques ne gardant pour elle que l’emblématique caserne Ney, ce poids mort entre ancienne et nouvelle ville qui aurait fait un si beau palais des Congrès.
Au lieu de déterrer les soubassements de l’amphithéâtre (le plus grand de Gaule, le cinquième de l’empire romain) situé devant Pompidou, et d’en faire un jardin, ce qui lui aurait conféré à peu de frais une image gallo-romaine, l’agglomération messine a préféré nous inonder d’une dispendieuse campagne de publicité, primée récemment. Réalisée par des Parisiens (hors de Paris point de salut), elle explique à la France entière (ou presque) qu’il faut venir à Metz parce qu’il faut venir à Metz ! Sur les affiches, on n’y voit que des hystériques, en crise pour obtenir ce « privilège », ce qui semble curieux comme opération marketing. En effet, les perceptions négatives mènent souvent à des croyances et à des effets négatifs plus puissants.
Encore une fois, comme c’est le cas dans la communication de la ville de Metz depuis 2008, on a mis en avant des individus afin de valoriser un territoire et une ville, pourtant berceau des Carolingiens, du Chant grégorien et de l’Écologie urbaine et possédant de nombreux atouts à mettre en valeur : son histoire bimillénaire, sa cathédrale à la nef vertigineuse, son Esplanade ouverte sur une trouée verte, ses bords de rivières enrichis de monuments en pierre de Jaumont, ou encore ses édifices classés du IVe siècle à nos jours. Non, notre richesse n’est pas seulement humaine. Tout sociologue observe que ce qui séduit dans une ville c’est avant tout son cadre de vie et sa dimension culturelle et patrimoniale. Arrêtons de « vendre » Metz comme une ville nouvelle, création ex nihilo du XXIe siècle, mais vantons cette « ville aux campagnes magnifiques » (Verlaine).
Loin de s’interroger sur une hypothétique identité nationale, il conviendrait aux décideurs messins d’affirmer l’identité et la mémoire d’une cité multiséculaire par la connaissance de ses mythes fondateurs et de ses composantes historiques. En effet, le développement de Metz et de son agglomération ne peut se faire qu’à l’aune de son passé prestigieux.